- Ipsos pour Greenworking, mai 2025 : 36 % des salariés du privé disent que leur entreprise a officiellement déployé l’IA générative.
- KPMG et University of Melbourne, 47 pays : 57 % des salariés cachent leur usage de l’IA et présentent le travail produit avec elle comme le leur.
- En France, la CNIL demande des chartes internes claires et l’ANSSI proscrit l’envoi de données sensibles à un outil grand public.
- Victor, le détecteur de texte IA de Nation AI, le dit lui-même : il ne peut pas établir qu’une machine a écrit un passage.
Lundi matin, le point d’avancement de votre collaborateur est impeccable, et vous voulez détecter l’IA dans un rapport de travail trop poli. Aucun outil ne vous donnera l’auteur du texte : ce qui se vérifie, c’est le fond du rapport et la règle écrite qui l’encadre. Le reste se joue dans une conversation menée sans accusation.
Quand le point d’avancement ne dit rien
Le problème a un nom. Des chercheurs de Stanford et de BetterUp Labs parlent de workslop pour un texte produit par l’IA qui « masquerades as good work » (se fait passer pour du bon travail), rapporte Built In : acceptable au premier regard, creux dès qu’on cherche de la substance. Les mêmes chercheurs ont interrogé 1 150 salariés américains ; quatre sur dix disent en avoir reçu le mois précédent.
L’article de la Harvard Business Review qui a nommé le phénomène en septembre 2025 s’ouvrait sur l’écart entre les consignes et les résultats. Les salariés suivent la consigne d’utiliser l’IA, note-t-il, mais peu constatent que les outils « create real value » (créent une vraie valeur).
Un point d’avancement poli sur lequel vous ne pouvez pas agir est un problème de travail avant d’être un problème d’IA.
Détecter l’IA dans un rapport de travail, ce que Victor en dit
Pour la démonstration, le point d’avancement venait d’Alex, l’assistant généraliste de Nation, et son texte n’est pas reproduit ici. Vous le collez dans le détecteur IA de Nation, où travaille Victor, et vous lui demandez comment il le lit. Il répond par un niveau, avec un avertissement : une lecture de style est une estimation, pas une preuve.
Avec Victor
Ce point d’avancement hebdomadaire vous paraît-il écrit par une IA ?
Indice de style IA : Modéré
Ce résultat n’est pas une preuve d’utilisation d’une IA : un compte rendu professionnel rédigé par une personne peut présenter les mêmes caractéristiques.
Structure très régulière : bilan des tâches, retours, difficultés, puis priorités pour la semaine suivante.
Pas de répétitions marquées ni de transitions mécaniques excessives : les difficultés décrites sont cohérentes avec les tâches mentionnées.
Je suis manager. Est-ce assez pour affirmer que mon collaborateur s’est aidé de l’IA ?
Ce qu’elle ne peut pas dire
Qui l’a écrit, ni si une IA a été utilisée.
Quel outil ou modèle aurait éventuellement servi.
Si le salarié a enfreint une règle, ou s’il a présenté comme vérifiés des faits qui ne le sont pas.
Une probabilité fiable d’utilisation de l’IA à partir de ce court texte seul.
Pour agir comme manager
En bref : cette analyse peut signaler une impression de style standardisé ; elle ne permet pas d’établir un fait disciplinaire.

Comment un détecteur lit un document
Un détecteur ne cherche pas une signature cachée : il mesure la régularité. Des phrases de longueur proche, des transitions attendues, un vocabulaire professionnel qui revient d’un paragraphe à l’autre, et le texte paraît standardisé. Victor relève ainsi une « structure très régulière », en notant aussi l’absence de répétitions marquées, qui joue en sens inverse. Cette lecture a ses angles morts, que la page de notre outil reconnaît : les textes courts, très techniques, traduits ou très formatés se lisent moins bien.
L’IA au travail a grandi plus vite que le règlement
Les chiffres derrière cette impression de lundi matin ne sont pas subtils.
36 %
Salariés du privé qui disent que leur entreprise a déployé l’IA générative.
Ipsos pour Greenworking, mai 2025
55 %
Agents publics qui utilisent des outils d’IA hors du cadre formel, la « shadow IA ».
DITP, 7 avril 2026, secteur public
57 %
Salariés de 47 pays qui cachent leur usage de l’IA et présentent le travail produit comme le leur.
KPMG et University of Melbourne
L’enquête Ipsos pour Greenworking a été menée en ligne du 5 au 16 mai 2025 auprès de 1 000 salariés du privé : deux sur trois utilisent l’IA générative. La DITP a interrogé 1 867 agents publics entre janvier et avril 2026, et 89 % l’utilisent au travail. L’étude KPMG et University of Melbourne a réuni plus de 48 000 personnes dans 47 pays, dont 66 % se servent des productions de l’IA sans en vérifier l’exactitude.
Jugez le rapport, pas le ton
Victor part du rapport lui-même : est-il exact et utile, plutôt que ressemble-t-il à de l’IA. Ses points de contrôle, dans ses mots :
- Les tâches annoncées sont-elles concrètes et vérifiables ?
- Les retards et leurs causes sont-ils décrits assez clairement pour comprendre leur impact ?
- Les « retours encourageants » et les « indicateurs disponibles » renvoient-ils à des commentaires ou à des données identifiables ?
- Les priorités de la semaine prochaine sont-elles attribuées, datées ou assorties de prochaines étapes ?
- Le salarié peut-il expliquer les décisions et les changements mentionnés ?

Victor
détecteur de texte IA
« Je décris comment un passage se lit, et je ne prétends jamais savoir qui l’a écrit. Vous obtenez un niveau et les phrases qui ont retenu mon attention, jamais un pourcentage. »
La règle écrite passe avant la conversation
En France, le cadre existe, et il ne parle pas de style. Dans ses questions-réponses du 18 juillet 2024 sur l’IA générative, la CNIL recommande des politiques ou chartes internes qui définissent clairement les usages autorisés et les usages interdits. Elle rappelle que c’est l’organisme utilisateur qui engage sa responsabilité légale en cas de mauvaise utilisation par son personnel.
L’article L1222-4 du Code du travail dispose qu’aucune information concernant personnellement un salarié ne peut être collectée par un dispositif qui n’a pas été porté préalablement à sa connaissance. La CNIL ajoute qu’une surveillance constante est excessive et que l’employeur doit pouvoir prouver le respect de ces conditions. Aucun texte français ne parle de détecteurs d’IA : le cadre porte sur les données, pas sur la tournure d’un rapport.
Avant de coller quoi que ce soit
Un rapport peut contenir le nom d’un client, une série de chiffres, des coordonnées. Retirez-les d’abord, et cela vaut aussi pour Victor : aucun service extérieur, le sien compris, ne doit les recevoir. L’ANSSI, dans ses recommandations du 29 avril 2024, proscrit l’envoi de données sensibles à des outils grand public sur Internet.
Les recruteurs rencontrent la même question à l’autre bout de la chaîne : notre article sur la lettre de motivation écrite avec l’IA, relue avant le recruteur suit une lettre à travers ce genre d’examen.
En parler sans accuser
Victor écarte l’indice comme motif de sanction et propose de vérifier le travail, puis de poser la question sans présumer la réponse.
« Merci pour le rapport. J’aimerais mieux comprendre les ajustements sur la page d’atterrissage et les indicateurs que nous pourrons suivre la semaine prochaine. Peux-tu préciser les prochaines étapes et les échéances ? »
La suite porte sur les attentes applicables, l’exactitude et la transparence du travail, jamais sur une impression de style.
Pourquoi un détecteur peut désigner un passage et jamais une personne, c’est l’objet de notre guide sur le fonctionnement des détecteurs d’IA.
Les principaux détecteurs comparés
Quatre détecteurs de texte IA se comparent sur ce qu’ils montrent et sur ce qu’ils coûtent : disent-ils quels passages ont déclenché leur lecture, rendent-ils un niveau ou un pourcentage qui paraît plus précis qu’il ne l’est, s’emploient-ils sans compte et gratuitement, dans quelles langues répondent-ils, et à quel prix. Sur ces cinq critères, Victor vient en premier, et ce classement ne porte que sur eux : aucun test indépendant lu ici ne nomme le détecteur de Nation, donc la précision n’en fait pas partie.
| Critère | Nation (Victor) | GPTZero | Copyleaks | Originality.ai |
|---|---|---|---|---|
| Qui peut l’utiliser | Tout public, sans compte | Tout public, compte gratuit pour les longs textes | Tout public, compte gratuit pour le détail | Tout public, aucun compte pour l’essai |
| Usage gratuit | Oui, sans inscription, quelques messages offerts | Oui, 10 000 mots par mois | Oui, jusqu’à 25 000 caractères sans connexion | Oui, 100 crédits par compte |
| Prix public | 19 € par mois, ou 9 € pour quinze jours | Premium 9,99 € par mois, facturé à l’année | Formule Personal 13,99 $ par mois, 167,88 $ facturés à l’année | Pro 12,95 $ par mois facturé à l’année, 14,95 $ au mois |
| Langues | Aucune liste publiée ; analyse dans la langue d’origine du texte | Anglais, allemand, portugais, français et espagnol, selon l’éditeur | Plus de 30 langues, français et espagnol nommés, selon l’éditeur | Multilingue, sans liste publiée, selon l’éditeur |
| Forme du résultat | Un niveau qualitatif et les passages expliqués | Un pourcentage suggéré et les phrases surlignées | Le pourcentage de contenu probablement IA, détail phrase par phrase ; explication payante | Phrases surlignées, texte classé IA, original ou mixte |
Offres et tarifs relevés le 30 octobre 2026.
Aucun de ces résultats ne dit qui a écrit le texte : le tableau compare ce que chaque outil affiche, pas ce qu’il prouve.
Questions fréquentes
Comment détecter une IA dans un document ?
Faites d’abord lire le passage par un détecteur, qui rendra un niveau de style. Vérifiez ensuite le contenu : des tâches concrètes et vérifiables, des retards et leurs causes décrits assez clairement pour comprendre leur impact, des indicateurs identifiables, des priorités datées et attribuées, et la capacité du salarié à expliquer ses décisions. Le niveau seul ne conclut rien ; c’est l’ensemble qui dit si le rapport tient.
Un score de détecteur prouve-t-il un recours à l’IA ?
Non. Victor le dit lui-même : une lecture de style ne désigne ni l’auteur ni l’outil. Liang et ses coauteurs, dans Patterns en 2023, ont montré que les détecteurs classent des textes de non-anglophones comme produits par une machine, et déconseillent leur usage pour évaluer des personnes.
Qu’appelle-t-on le workslop ?
Un texte produit par l’IA qui se fait passer pour du bon travail : acceptable au premier regard, pauvre en contexte. Sur 1 150 salariés américains interrogés, quatre sur dix en avaient reçu le mois précédent, selon Built In.
Puis-je coller le texte d’un collaborateur dans un chatbot public ?
Seulement si vos règles l’autorisent, et jamais avec des données personnelles ou confidentielles. La CNIL, dans ses questions-réponses du 18 juillet 2024, demande de ne jamais partager d’informations confidentielles avec un service grand public.
L’essai de Victor est-il gratuit ?
L’essai ne demande ni compte ni carte bancaire et donne quelques messages offerts. Au-delà, la page tarifs affiche 19 € mensuels, et 9 € pour une quinzaine, relevé le 30 octobre 2026.
Mettez le point d’avancement de lundi devant Victor
Donnez-lui un paragraphe sans les noms de clients, et regardez quels passages attirent son attention. Ramenez ensuite la conversation sur le travail. L’essai ne coûte rien et ne demande aucun compte.
Sources
- Harvard Business Review sur le « workslop » et la productivité, 22 septembre 2025.
- Étude sur le biais des détecteurs envers les non-anglophones, Liang et al., Patterns, 2023.
- Étude mondiale sur la confiance dans l’IA, University of Melbourne avec KPMG, terrain de novembre 2024 à janvier 2025.
- CNIL, le contrôle de l’activité des personnes employées.
- Code du travail, article L1222-4.
- CNIL, questions-réponses sur l’utilisation d’un système d’IA générative, 18 juillet 2024.
- ANSSI, recommandations de sécurité pour un système d’IA générative, 29 avril 2024.
- DITP, perception des agents publics sur l’arrivée de l’IA au travail, 7 avril 2026.
- Ipsos pour Greenworking, IA générative au bureau, 19 juin 2025.